CHANT DE L'ÂME Index du Forum CHANT DE L'ÂME
Se laisser librement aller dans le flux des choses, sans rien saisir ou rejeter .... Nouvelle Conscience - Retour à la Source - I AM
 
    FAQ   Rechercher   Membres   Groupes Profil Se connecter pour vérifier ses messages privés   S’enregistrer   S’enregistrer   Connexion 

CHIRURGIE PSYCHIQUE

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    CHANT DE L'ÂME Index du Forum -> SCIENCE ~ TECHNOLOGIE ~ MEDECINE ~ DIETETIQUE -> SANTE
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
SoHam
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 13 Oct 2011
Messages: 569
Localisation: Ici et là
Féminin Bélier (21mar-19avr) 兔 Lapin

MessagePosté le: Dim 25 Déc - 16:39 (2011)    Sujet du message: CHIRURGIE PSYCHIQUE Répondre en citant

Citation:
L’art de se faire opérer
par un chirurgien en transe
 

 

Adolf Frederick Yeperssoven, communément appelé le docteur Fritz, est un médecin allemand du début du XXe siècle qui, bien que n’ayant jamais existé, trouve encore le moyen de s’introduire dans le corps des gens.
Outre cette bizarrerie, les gens en question, possédés par l’esprit de cet individu sans-gêne, se transforment soudain en chirurgiens - c’est-à-dire en individus capables d’opérer d’autres individus - à la différence qu’ils n’ont ni diplôme ni qualification pour le faire. Une transe passagère leur sert de compétences et l’affaire est bouclée. En un tour de main, ils vous pétrissent ostensiblement les boyaux pour en extirper des matières glaireuses et glougloutantes, manipulations spectaculaires censées vous guérir en deux minutes et gratuitement de tous vos maux. Ce qui est pratique lorsqu’on est pressé et sans un rond, ce qui est réconfortant lorsqu’on n’a plus d’espoir. 
 
 Tout a commencé avec le petit José. Celui qui allait devenir le célèbre Zé Arigó (1921-1971) n’était pas encore ce vase médiumnique nationalement célèbre mais un petit garçon pauvre du Minas Gerais brésilien qui, dès l’âge de quatorze ans, travaillait dans la mine. Devenu grand, il se plaignait fréquemment de migraines, d’insomnies, de berlue régulière et d’épisodes d’agitation interne orchestrée par une voix inconnue. Ces manifestations n’ayant rien à voir avec un éventuel grisou local, José finit par découvrir de l’intérieur le maître des lieux grâce à une vision extrêmement précise qui lui donna la clé de ce chambardement : un homme en blouse blanche, au crâne dégarni et au type germanique, supervisant une équipe de médecins et d’infirmières dans un bloc opératoire, se présenta comme le Dr Fritz de Munich, et le prévint que dorénavant, il ne serait plus question de consacrer sa vie à piocher ni tamiser du gravier mais à ouvrir son horizon à de plus nobles desseins. José deviendrait tout simplement chirurgien - pas chirurgien normal, comme les autres, mais chirurgien-médium, « canal » (« channel ») d’une entité désincarnée - le Dr Fritz soi-même - qui allait continuer d’opérer par l’intermédiaire des mains d’un vivant, les siennes. La faculté de médecine n’avait qu’à bien se tenir, il agirait désormais en fonction de ses intuitions, transporté par l’énergie d’un médecin fictif - et de surcroît mort - qui allait s’incorporer en lui. Au diable le rythme frénétique des cours, de l’internat et des gardes, au diable les interminables années de formation, de compréhension et d’expérience, le « channeling » s’occuperait de tout et lui ferait gagner un temps considérable. Il suffisait juste de se dégourdir un peu les menottes, de travailler son doigté et d’habituer son corps à recevoir l’éminent visiteur. A court terme, son cabinet en ville serait prêt pour les consultations.
 
 Les patients affluèrent. Zé joua d’abord du bistouri mais l’aisance aidant, s’orienta vers plus de frugalité et opta pour le couteau de cuisine. Parfois, une paire de ciseaux à ongles venait compléter son humble matériel. Les mains aussi rapides et agiles qu’un tour de bonneteau, Zé triturait les entrailles et en ressortait des rognons sauce Madère ou des andouillettes gourmandes avec une dextérité confondante. L’asepsie étant une notion relative en chirurgie psychique, les conditions d’hygiène se limitaient au minimum, c’est-à-dire à rien, pas même un rince-doigt ou un coup d’éponge sur la table. Les malades arrivaient, expliquaient leur problème, se penchaient, levaient la jambe ou s’allongeait sur le dos ; Zé, dans un état de transe visionnaire, les scannait d’un œil entendu et intervenait sans anesthésie, extirpant de leur chair des matières sanguinolentes en un temps record. Le malade, après s’être fait charcuter sans ciller, remontait son falzar, boutonnait sa chemise et s’en retournait, soulagé et reconnaissant, réparer son vélo ou danser la capoeira à la salle des fêtes du quartier. Plusieurs fois condamné pour exercice illégal de la médecine, il fut arrêté mais continua toujours son activité en prison, recevant hommes d’affaires, juges, députés - jusqu’à Kubitschek, ancien président de la République et docteur en médecine, qui le considérait – crédibilité spirite oblige - comme un guérisseur authentique et respectable.
 
 Car on ne rigole pas avec la chirurgie psychique au Brésil. Si en France, elle reste une impossibilité, un tour de prestidigitation ou une « dangereuse dérive sectaire », là-bas, sa popularité et son crédit complètent et concurrencent la chirurgie conventionnelle. Discipline directement issue du spiritisme d’Allan Kardec [1], elle officie dans des arrière-cours, des réduits où s’entassent linge et bassines douteuses jusqu’à des centres plus cossus, véritables cliniques spécialisées où les chirurgiens « opèrent » dans un décor high-tech, entourés d’un staff aussi professionnel qu’une équipe hospitalière. La tradition spirite, importée de France à la fin du XIXe siècle a trouvé dans le sol brésilien un terreau favorable, répandant sa philosophie dans toutes les couches de la société jusqu’à devenir, à partir des années vingt, un courant socio-culturel de grande envergure, imprégnant la vie quotidienne et politique. Il existe des associations de médecins spirites [2], de militaires spirites, de journalistes, de magistrats, de psychologues spirites. Tout cela est parfaitement admis, pour ne pas dire banal, et l’on court se faire dépecer – qui vous retire une tumeur de la rate, qui vous dégonfle les amygdales, qui encore vous repêche un testicule englouti dans le ventre – le plus simplement du monde comme on inscrit ses enfants dans des crèches, des maternelles, des écoles spirites ; comme on place sa grand-mère dans une maison de retraite spirite ; comme en envoie ses fous dans des asiles où des transes de médiums accompagnent officiellement les traitements psychiatriques ; où les parlementaires votent même une « journée nationale du spiritisme » (18 avril) ; où toute la vie et la société brésiliennes, pénétrées par cette croyance dans l’au-delà et ses manifestations, s’épanouissent dans un mélange unique de foi chrétienne, d’animisme yoruba [3], de coutumes amérindiennes et d’égrégores sortis tout droit de l’occultisme européen. Colons portugais, esclaves africains, indigènes de la forêt et cosmopolitisme Belle Epoque ont créé ce Brésil foisonnant de mythologies et de folklores où l’ivresse magique a su fusionner avec les cadres plus austères de la technologie de pointe. 
 
 Zé Arigó mourut à cinquante ans d’un accident de voiture (qu’il avait prédit) et le Dr Fritz s’en alla squatter un autre corps disponible. La chaîne de l’espoir était amorcée, un fritzthon contre la montre se mettait en place, incarné par une file de chirurgiens contraints qui offraient au pays leur savoir-faire en « traitant » bénévolement des centaines de milliers de personnes. Les frères Wilde – Oscar ( !) et Edivaldo – prirent la relève de Zé mais leur carrière fulgurante s’interrompit plus tôt que prévu par un même et fatal accident de la route.

Le Dr Fritz ne perdit pas pour autant la boussole et jeta son dévolu sur un autre candidat malgré lui, Edson Cavalcante Queiroz (1950-1991), devenu vrai gynécologue grâce à de vraies études de médecine suivies sous l’injonction d’un esprit qui le destinait, on ne sait pourquoi, à ce métier si poétique. On raconte qu’en fac, après avoir disséqué le cadavre d’un Noir, ce dernier, furieux d’avoir servi de cobaye, laissa les fantômes de ses bras et ses mains sectionnés hanter les nuits de l’étudiant. On raconte aussi qu’il voyait des caboclos [4] partout, entités qu’il confondait avec des vivants tant elles étaient claires et tangibles au milieu des autres. En 1979, le Dr Fritz, continuant sur sa lancée, monopolisa son corps déjà bien investi et sonna les trompettes de sa renommée. On vit le nouveau docteur en action, opérant aussi vite que l’éclair et en un tour de doigts vous extraire du bide des boulettes sauce kebab sans vous désobliger un instant. Il refermait la plaie sans le moindre fil, la moindre agrafe, la moindre suture et mieux encore, sans même une cicatrice. Comble du brio, l’intervention se déroulait toujours avec le même soin - hygiène sommaire, mains nues et stérilisation inexistante des instruments chirurgicaux (une aiguille) - routine qu’il qualifiait de parfaitement normale : la fritzação (« fritzation ») réglait le problème en neutralisant les microbes pathogènes et en accélérant les mécanismes de guérison. Il mourut cependant d’un coup de couteau planté par un fou qui passait par là sans que rien ni personne, pas même un spectre, ne put juguler l’hémorragie.

 
 Rubens Farias Junior (1954- ) prit le relais. Il est le dernier en date, du moins solennellement, à opérer au nom de l’inépuisable Dr Fritz qui a, c’est le moins qu’on puisse dire, un fichu besoin de reconnaissance. D’ailleurs, on ne sait pas vraiment pourquoi il persiste à noyauter des gens alors qu’il pourrait profiter pleinement du paradis. Mais peut-être n’est-il pas au paradis, ce bon vieux Dr Fritz ? Peut-être est-il au purgatoire et peut-être même en enfer à chercher en vain parmi les flammes le chemin de sa délivrance ? Il paraît qu’il aurait laissé, de son vivant hypothétique, une fillette mourir sur le billard et que ce manquement l’aurait condamné à un zèle éternel. Alors, il y met de l’ardeur, le gaillard, et surtout de l’endurance. Rubens Jr en sait quelque chose, lui qui sévit à la chaîne dans la banlieue de Rio. Non seulement, il s’est mis à parler avec l’accent allemand mais il n’hésite pas non plus à mettre la pression en poussant des schnell ! à tout-va, comme si les vingt secondes d’un acte chirurgical psychique étaient encore trop longues. C’est qu’il faut du rendement dans la clinique de Junior : sortir du matin au soir des chapelets de saucisses de l’abdomen des malades sans même leur offrir un Bretzel demande un certain sens du rythme et de la concentration. Mais soyons magnanime : il pallie cette défaillance par un cocktail maison composé d’alcool, d’iode et d’essence de térébenthine qu’il offre généreusement aux patients comme remède universel. La suite ne dit jamais comment se poursuit la digestion.
 
 Cette histoire de Dr Fritz déboulant un beau jour de la quatrième dimension n’est pas isolée. S’il borne sa pratique aux frontières du Brésil, d’autres esprits interviennent aux Philippines, mère-patrie de la chirurgie psychique. Les guérisseurs philippins avaient déjà pignon sur rue, l’extension du domaine de la science ne pouvait manquer d’ouvrir leur champ de manœuvre à des pratiques plus abouties. Lorsqu’on les voit ferrailler dans les chairs, en prélever des choses gluantes et élastiques à l’aide d’une pince à cornichon, devenir des sommités internationales (Tony Agpaoa, Alex Orbito [5]) et dispenser leurs prêches dans des écoles de formation publiques, on éprouve le besoin d’essayer de comprendre. Si la chose semble irrecevable selon nos critères rationnels, le procédé n’a rien d’abracadabrantesque dans une société où l’Union spirite chrétienne, vénérable institution culturelle dans l’archipel, draine une légion de révérends pères propulsés par l’esprit de saint Sébastien ou de saint Jean-Baptiste. Cette médiumnité pragmatique est fondée sur la communication entre les différents plans énergétiques, nourrie par la foi en Dieu et l’amour du prochain où la prière, l’humilité et la connaissance littérale de certains chapitres bibliques garantissent leur efficacité en toutes circonstances. Lorsqu’on voit arriver au bloc une blonde pimpante, seins nus et culotte échancrée, et trois quidams en blouse blanche s’approcher en tenaille, lorsqu’on note la présence d’un seau en plastique rose à côté de la table d’opération, lorsqu’on entend la petite musique d’ambiance qui accompagne le prodige, et surtout, lorsqu’on voit avancer sur le corps de la demoiselle de grosses mains portant Rolex et gourmette en or, une sorte d’apnée vous maintient en suspension. Puis la machine se met en route : malaxage, carpaccio et risotto, bassine et clapotis, crumble de boudin noir et compote de coings, bruit de la poubelle à pédale, petite veilleuse dans la niche du mur, frictions rapides et coulures instantanées - hop ! hop ! comme un maestro sur son clavier, l’homme pianote allègrement sa partition organique sans hésiter une seconde et en soulève, tel le saint Graal, un gésier géant gris anthracite identifié comme LA tumeur. Et là, on dit non, on dit pouce.
 
 On dit qu’on se paye notre tête. Le sang qui lui dégouline des doigts est activé par une poire extérieure, le festival d’abats qui se déploie sous nos yeux a glissé de sa manche, d’un billot sous la table, d’une cagette de boucherie ou d’un tuyau de vidange ; le type est le Gérard Majax philippin - il y en a qui travaillent avec des lapins blancs et des hauts de forme, il y en a d’autres qui, visiblement, leur préfèrent la viande, la tripaille et les sécrétions corporelles.


Des équipes de médecins, d’illusionnistes et de journalistes ont filmé et surveillé depuis les années soixante-dix des centaines d’opérations à mains nues. S’ils ont pu en effet mettre au jour des supercheries et des truquages (organes d’origine animale, groupe sanguin différent, etc.), ils restent toutefois sans explication sur la majorité des faits. L’impossibilité physiologique de telles interventions ne suffit pas à convaincre les adeptes de la chirurgie psychique de son extravagance mais on assure que (presque) tous les sujets venus consulter ont senti une nette amélioration de leur état jusqu’à la guérison complète. De la crise de psoriasis au cancer de l’estomac, du furoncle à la péritonite aiguë en passant par la cataracte, l’herpès ou les nodules à la thyroïde, il est difficile de justifier un rétablissement soudain, ou même progressif, uniquement par l’effet placebo – et d’un point de vue scientifique, il est tout aussi difficile d’en faire un système. S’il y a fraude, les types ont du talent. Si tout cela est réel, les chercheurs devraient sérieusement se mettre au boulot.
 
Il est acquis que la médecine n’est pas une science exacte. Et nous connaissons tous des amis, des parents, soi-même qui ont souffert de complications post-opératoires ou développé des maladies nosocomiales. Le diplôme du vrai chirurgien ne lui garantit pas l’infaillibilité ni l’hôpital, la sécurité. Si l’étude, le savoir, l’expérience et un bon sens de la déduction l’aident souvent à tâtonner juste, il lui arrive aussi souvent d’être impuissant ou de ne plus rien comprendre. S’il en est ainsi, et malgré la caution de la Faculté des Sciences, je ne vois pas pourquoi sainte Radegonde, le Dr Fritz ou un quelconque ancêtre lémurien ne pourraient pas nous faire le grand jeu. A défaut de nous convaincre, ils auront au moins le mérite de nous faire sourire.
    
[1] De son vrai nom Hippolyte Rivail (1804-1869), pédagogue français et fondateur de la doctrine spirite. [2] Site de l’association internationale des médecins spirites : http://www.ameinternational.org/site/
[3] Venant des Yorubas, peuple de la région du Bénin, du Togo et du Nigéria. Par le déplacement de cette population lors de la traite négrière, ces coutumes et ces croyances originelles se sont transformées en cultes syncrétiques au Brésil : candomblé, umbanda, santeria.
[4] Paysans métis du bassin amazonien (issus de Blancs et d’Indiennes) ; un caboclo est aussi, dans les cultes afro-amérindiens, l’esprit d’un vieux sage de la forêt.
[5]http://www.pyramidofasia.org/french/index.html
Bibliographie :
FULLER, J. G., Arigó : Surgeon of the Rusty Knife, Thomas Crowell Ed., 1974.
RENÉ, G., Voyages initiatiques aux Philippines, Ed. Sum, 1997.
Photographie : Zé Arigo ©CEACS.
http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/etonnant/article/l-art-de-se-faire-o…


_________________
« Lorsqu'il n'y a plus rien à faire, que faites-vous ? »
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Dim 25 Déc - 16:39 (2011)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    CHANT DE L'ÂME Index du Forum -> SCIENCE ~ TECHNOLOGIE ~ MEDECINE ~ DIETETIQUE -> SANTE Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | Panneau d’administration | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Template Buble by dav.bo
Traduction par : phpBB-fr.com